Les règles douloureuses: le calvaire de ma vie

mai 13, 2017


Parce qu'une énième fois encore il m'a fallu annuler un rendez-vous important à la dernière minute, pour la simple et bonne raison qu'elles étaient là, du moins qu'elles m'informaient qu'elles allaient se manifester. Et, elles ont leur façon à elles de me prévenir qu'elles arrivent. C'est un petit truc entre nous, le grand spectacle avec moi en marionnette, le roulement de tambours sans fin... 
Plus de 15 ans que ça dure. J'ai tenu le coup, je ne le tiens plus.

Une énième fois encore, j'ai fini recroquevillée dans mes WC puis emmitouflée dans ma couette, pliée en deux, tentant désespérément de trouver LA position qui atténuera la douleur. Chaque fois, oui chaque fois, je me dis que la douleur ne peut être pire que le mois d'avant. Je me dis qu'avec l'âge, je peux y faire face. Je me persuade que je serai plus forte la prochaine fois, pour lutter contre ces soldats invisibles qui assènent des milliers de coups à mon bas ventre. Même quand affaiblie, je ne résiste plus, ils continuent leur assaut.

Grandir ne m'a pas rendu plus forte face à elles. Malheureusement. Avec l'âge, la douleur a empiré. 



Voilà ce à quoi j'ai droit une fois par mois depuis mon adolescence. 
La nature m'offre une journée, CETTE journée, le premier jour des règles... 24 heures. Rien que ça me direz-vous mais, pourtant ce sont les pires de ma vie. Chaque minute dure une éternité. Je suis affaiblie, trop faible même pour verser une larme, seuls les gémissements retentissent, seuls les murmures se font entendre "aidez-moi". 24 heures...

Je m'emploie à dire que ma vie se résume aux antidouleurs prescrits par les praticiens consultés à ce sujet. Ces comprimés ornent ma table de chevet, font partie des objets phares de mon sac à mains, ont une place d'or dans chaque pièce de mon appartement. Mon angoisse est à son apogée lorsque je les égare. Ils sont mon bouclier dans cette bataille. Le seront-ils toujours? Doivent-ils l'être?


Puis, j'envie celles qui ne souffrent pas, celles qui ne savent même pas ce que ça veut dire "règles douloureuses". Elles vivent l'un de mes rêves les plus chers: prendre du plaisir à vivre ma féminité.
Sans oublier cette gêne, cette raison qu'on a honte d'évoquer ouvertement pour justifier une absence soudaine au travail ou un changement d'humeur ou encore une annulation de sortie entre amis. Comment dire que cette douleur m'empêche de faire quoi que ce soit, que je suis comme paralysée et seule avec mon mal qui m'emprisonne. Ce mal, je ne peux même pas le décrire. 

La société me dit que c'est un motif non recevable, que je ne devrai même pas en parler tellement le sujet est trop intime, trop personnel, trop tabou. Encore mieux, elle m'apprend qu'il est NORMAL de souffrir "T'es une femme, sois forte", "tu n'as pas encore accouché, attends tu verras que c'est pire", "il y a plus douloureux"... 
La société me dit que les règles douloureuses, ça se souffre en silence. Je lui réponds que RIEN ne devrait se souffrir en silence. 


Puis, j'apprends que 50 à 70% des femmes sont comme moi. Il parait que la douleur s'en va une fois qu'on a donné la vie... Je lis mille et une solutions par ci, par là, naturelles d'un côté, médicamenteuses de l'autre, etc. Je me questionne. 
Si vous faites partie de ce pourcentage, quel est votre remède miracle? 
Je veux simplement tenir le coup.


Xo,

Luce


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